DÉRÉGLEMENTATION DE L’ÉNERGIE : une affaire totalement scandaleuse
Par Pierre BOUKHALFA le mercredi 4 juillet 2007, 22:28 - Emploi-Salaires-Economie-Fiscalité - Lien permanent
La France s’apprête à faire basculer tout son marché domestique d ’énergie dans la pagaille au nom de l’application dogmatique du principe libéral de mise en concurrence.
L’approvisionnement en gaz et en énergie par le service public d’EDF-GDF est dans notre pays une grande réussite, pleine de sécurité et de fiabilité. Pourtant, depuis le 1er juillet, en application des directives européennes de déréglementation, ce système est volontairement déstabilisé pour ouvrir, sans qu’aucun besoin ne le justifie, le marché à des opérateurs privés qui vont chercher à s’engraisser sur le dos des consommateurs.
L’argument de la baisse des prix, qui est habituellement servi pour justifier ce type de déréglementation, n’est même pas efficient en l’espèce puisque les prix du marché sont supérieurs aux prix réglementés. Mais c’est justement là le problème. Le service public d’EDF-GDF est un obstacle à l’alignement des tarifs sur les prix du marché. Et la différence constitue d’énormes profits à se répartir pour ceux qui seront invités au partage du gâteau. Dans cette affaire, tout est scandaleux puisque les entreprises qui vont pouvoir vendre de l’électricité ne sont en fait que des marchands, de simples courtiers qui, à terme, comptent bien faire leurs marges en spéculant sur les prix du marché. Comme par hasard, les amis de Sarkozy sont en première ligne comme le patron de Poewo, Charles Beigbeder, ou celui de Direct Énergie, Vincent Bolloré.
La mise en concurrence de la distribution n’est en fait, dans l’esprit de la Commission de Bruxelles et du gouvernement français, qu’une étape vers le démantèlement généralisé des activités publiques de production et de transport d’énergie. Les liens entre EDF et GDF sont dans le collimateur. La mise en place des nouveaux tarifs est pensée pour dénouer ce lien au fil de chaque nouveau contrat signé. La privatisation de GDF, mise en échec avant l’élection présidentielle, est elle aussi dans les tuyaux. On se rappelle que le mariage envisagé avec Suez poursuivait le même objectif de mise en concurrence de plusieurs opérateurs, ainsi que d’autres objectifs stratégiques, comme la liquidation des contrats de fourniture de gaz sur le long terme, au profit de l’achat de gaz sur des marchés déréglementés hyperspéculatifs.
Depuis le 1er juillet, et alors qu’aucune campagne d’information n’a été menée, les particuliers vont être démarchés, de manière apparemment anodine, pour changer de contrat – on va leur expliquer que cela n’a aucune conséquence. EDF et GDF eux-mêmes vont être incités à jouer la concurrence avec leurs propres contrats. Il faut alerter les consommateurs. Un changement qui peut leur paraître anodin aujourd’hui peut demain leur coûter très cher. Les associations de consommateurs tirent la sonnette d’alarme. Les syndicats aussi. Le PCF appelle à l’action pour la défense du service public en suggérant aux usagers de conserver leurs contrats au tarif réglementé en refusant les offres du marché, qu’elles soient proposés par des privés ou par EDF ou GDF.
C’est une bataille de salut public qui s’engage. Le porte-monnaie des usagers n’est pas seul en cause. À l’heure où les enjeux environnementaux planétaires invitent à la maîtrise publique et durable des politiques énergétiques, il est irresponsable de les brader au marché et à la spéculation